Paul Reynaud

NominationEdit

Bien que Reynaud soit de plus en plus populaire, la Chambre des députés ne l’élit premier ministre que par une seule voix, la plupart des membres de son propre parti s’abstenant ; plus de la moitié des voix pour Reynaud proviennent du parti de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Avec un tel soutien de la gauche et l’opposition de nombreux partis de droite, le gouvernement de Reynaud est particulièrement instable ; de nombreux partis de droite exigent que Reynaud attaque non pas l’Allemagne, mais l’Union soviétique524 . La Chambre impose également à Daladier, que Reynaud tient personnellement responsable de la faiblesse de la France, d’être le ministre de la défense nationale et de la guerre de Reynaud. L’un des premiers actes de Reynaud fut une réunion du Conseil suprême de guerre franco-britannique qui se tint à Londres le 28 mars 1940, dont le principal résultat fut la signature d’une déclaration avec le Premier ministre britannique Neville Chamberlain selon laquelle aucun des deux pays ne signerait une paix séparée. Un communiqué commun déclarait : « Les deux gouvernements s’engagent mutuellement à ne pas négocier ni conclure d’armistice ou de traité de paix pendant la présente guerre, sauf accord mutuel. Ils s’engagent à maintenir après la conclusion de la paix une communauté d’action aussi longtemps qu’il sera nécessaire ».Le 15 juin 1940, le cabinet français rejette une proposition britannique, imaginée par Jean Monnet et défendue par De Gaulle, d’union des deux pays.Reynaud abandonne toute notion de « stratégie de guerre longue » basée sur l’attrition. Dans le but de détourner l’attention des Allemands de la France, Reynaud étudie les suggestions visant à étendre la guerre aux Balkans ou à l’Europe du Nord ; il contribue au lancement de la campagne alliée en Norvège, bien qu’elle se solde par un échec. La décision de la Grande-Bretagne de se retirer le 26 avril incite Reynaud à se rendre à Londres pour faire pression sur les Britanniques personnellement pour qu’ils restent debout et se battent en Norvège.:533

La percée allemandeModifier

La bataille de France commence moins de deux mois après l’arrivée de Reynaud au pouvoir. La France est fortement malmenée par la première attaque du début mai 1940, et Paris est menacé. Le 15 mai, cinq jours après le début de l’invasion, Reynaud contacte Churchill et fait la célèbre remarque suivante : « Nous avons été vaincus… nous sommes battus ; nous avons perdu la bataille….. Le front est brisé près de Sedan ». En effet, la situation concernant l’équipement et le moral est telle que Reynaud reçoit une carte postale trouvée sur le corps d’un officier qui s’est suicidé au Mans. Elle indique : « Je me tue Monsieur le Président pour vous faire savoir que tous mes hommes étaient courageux, mais on ne peut pas envoyer des hommes combattre des chars avec des fusils. »

Le 18 mai, Reynaud destitue le commandant en chef Maurice Gamelin en faveur de Maxime Weygand.

Le 26 mai, vers l’heure du déjeuner, Reynaud assiste à une réunion à Londres avec Churchill. À 14 heures, Churchill rapporte au cabinet de guerre que Reynaud a déclaré que la situation militaire française était désespérée, qu’il n’avait aucune intention de signer une paix séparée avec l’Allemagne, mais qu’il pourrait être contraint de démissionner et que d’autres membres du gouvernement français pourraient signer un tel traité. À ce stade, Churchill dit à Reynaud qu’il n’exclut pas de discuter avec Mussolini (l’Italie est toujours neutre). Le ministre des Affaires étrangères, Lord Halifax, rencontre Reynaud plus tard dans l’après-midi, avant le retour de ce dernier en France. C’est le début de la crise du cabinet de guerre britannique de mai 1940, au cours de laquelle Halifax est favorable à ce qui est décrit par euphémisme comme « l’option Reynaud » : approcher les Italiens pour voir si des conditions de paix acceptables peuvent être négociées, peut-être en cédant une partie du territoire britannique en Méditerranée. Halifax fut finalement renversé par Churchill:217

Le 28 mai, Churchill envoya un télégramme à Reynaud indiquant qu’il n’y aurait pas d’approche de Mussolini à ce moment-là, mais laissant la possibilité ouverte. Mussolini avait rejeté une approche du président Roosevelt selon les lignes suggérées par la Grande-Bretagne et la France. Le 28 mai, on apprend que l’Italie envisage d’entrer en guerre aux côtés de l’Allemagne, ce qui se produira le 10 juin.:223-227

Début juin, Charles de Gaulle, que Reynaud soutient depuis longtemps et qui est l’un des rares commandants français à avoir combattu les Allemands avec succès en mai 1940, est promu général de brigade et nommé sous-secrétaire à la guerre.

Appui à un armistice ; démission de ReynaudModification

Reynaud vacille un peu à son retour de Londres le 26 mai, mais souhaite sinon continuer à se battre. Cependant, il ne parvient pas à convaincre suffisamment de ses collègues :138-142 L’Italie entre en guerre le 10 juin ; le même jour, le général en chef Weygand entre dans le bureau de Reynaud et demande un armistice. Vers 23 heures, Reynaud et de Gaulle quittent Paris pour Tours ; le reste du gouvernement les suit le lendemain. De Gaulle ne parvient pas à persuader Reynaud de renvoyer Weygand.:195-196

Lors de la conférence anglo-française au château du Muguet, à Briare, les 11 et 12 juin, Churchill incite les Français à poursuivre le combat, soit en Bretagne, soit en Afrique du Nord française, soit par la guérilla, rencontrant une forte résistance du vice-premier ministre, le maréchal Pétain. Lors de la réunion du Cabinet le soir du 12 juin, il était clair qu’il y avait un mouvement croissant en faveur d’un armistice, et il fut décidé de se déplacer vers Bordeaux plutôt que vers une Bretagne fortifiée.:197-198

Lors de la conférence anglo-française suivante à Tours le 13 juin, Reynaud exigea que la France soit libérée de l’accord qu’il avait conclu avec le Premier ministre Neville Chamberlain en mars 1940, afin que la France puisse rechercher un armistice. Churchill déclare qu’il « comprend » l’action de la France mais (contrairement à ce qui sera affirmé plus tard) qu’il ne l’approuve pas. Lors de la réunion du Cabinet ce soir-là (Churchill était rentré à Londres plutôt que de s’adresser au Cabinet français comme Reynaud l’avait souhaité), Pétain a fermement soutenu la demande d’armistice de Weygand et a déclaré que lui-même resterait en France pour partager les souffrances du peuple français et commencer la renaissance nationale.:199-201 Le président Albert Lebrun a refusé la démission de Reynaud le 13 juin.:204-205

Edward Spears a enregistré que Reynaud était, dès le soir du 13 juin, soumis à un grand stress. Paul Baudouin et Marie-Joseph Paul de Villelume avaient fait pression sur Reynaud pour qu’il cherche un armistice avec l’Allemagne, tout comme sa maîtresse, la comtesse Hélène de Portes, une sympathisante fasciste :138-142 Le 14 juin, Villelume et de Portes ont fait appel au diplomate américain Anthony Joseph Drexel Biddle Jr. et ont déclaré que la France n’avait pas d’autre choix que de chercher un armistice et qu’ils parlaient au nom de Reynaud, bien que Biddle ne les ait pas crus. :138-142

Au Conseil des ministres du 15 juin, Reynaud exhorte le Cabinet à adopter l’exemple hollandais, à savoir que l’armée doit déposer les armes afin que la lutte puisse être poursuivie de l’étranger ; Pétain y est favorable. :82-86 Pétain est envoyé parler au général Weygand (qui attendait à l’extérieur, car il n’était pas membre du Cabinet). :325-327 Weygand le persuade que ce serait une reddition honteuse. Chautemps suggère alors une proposition de contournement, une enquête sur les conditions.:82-86 Le Cabinet vote 13-6 pour la proposition de Chautemps. Reynaud tente de démissionner sur-le-champ mais Lebrun l’engueule. L’amiral Darlan, qui s’était opposé à un armistice jusqu’au 15 juin, est maintenant d’accord, à condition que la flotte française ne tombe pas entre les mains des Allemands.:325-327 Le 15 juin, Reynaud jette deux verres d’eau sur de Portes au dîner ; un télégramme clé avait été retrouvé dans son lit après avoir disparu.:138-142

Le 16 juin, de Portes n’arrête pas de passer la tête par la porte pendant une réunion et des diplomates américains ont témoigné qu’elle allait et venait constamment dans le bureau de Reynaud. :138-142 La réponse du président Roosevelt à la demande de Reynaud, indiquant qu’il ne pouvait pas faire grand-chose pour l’aider sans l’approbation du Congrès, est ensuite reçue dans la matinée du dimanche 16 juin. :82-86 Le télégramme de Churchill arrive également ce matin-là, acceptant un armistice à condition que la flotte française soit déplacée vers les ports britanniques, une proposition inacceptable pour Darlan, qui fait valoir qu’elle laisserait la France sans défense. :82-86 De Gaulle est à Londres pour des entretiens sur le projet d’Union franco-britannique cet après-midi-là. Il téléphone à Reynaud pour l’informer que le Cabinet britannique a donné son accord.:203-204 Le Cabinet français se réunit ensuite à Bordeaux. Reynaud veut continuer à se battre ; lui et Georges Mandel sont parmi les rares membres du cabinet à soutenir la proposition. Contrairement aux souvenirs erronés de Lebrun, aucun vote formel ne semble avoir eu lieu au Conseil des ministres le dimanche 16 juin.:204-205 L’issue de la réunion n’est pas claire.:82-86 Dix ministres souhaitent poursuivre la lutte tandis que sept sont favorables à un armistice, dont les deux vice-Premiers ministres : Pétain et Chautemps. Weygand est également favorable à l’armistice. Huit autres ministres sont indécis, mais penchent finalement pour l’armistice. Cette fois, Lebrun accepte à contrecœur la démission de Reynaud. De Gaulle écrira plus tard que Reynaud était « un homme de grande valeur injustement écrasé par des événements sans commune mesure ».:204-205

Après la démissionEdit

Julian Jackson écrit que Reynaud s’est senti coupable pendant 20 ans d’avoir laissé Pétain au pouvoir, et a donné des explications toujours plus alambiquées de ce qui s’était passé : malgré sa propre combativité, à part une brève vacillation le 26 mai, « il avait échoué à être Clemenceau (le grand Premier ministre français de guerre de 1917-18), mais avait manqué la chance d’être de Gaulle et ne s’est jamais pardonné ». Reynaud a affirmé plus tard qu’il avait espéré que Pétain démissionnerait si les conditions de l’armistice étaient trop dures, ce qui, si c’était vrai, était un vœu pieux selon Jackson. On a prétendu qu’il aurait pu réunir une majorité au sein du Cabinet pour continuer à se battre, aussi a-t-il affirmé plus tard qu’il n’aurait pas pu argumenter contre le poids politique des « softs », en particulier Pétain et Weygand, les deux principaux soldats français.:138-142

Spears a enregistré que Reynaud semblait soulagé d’être débarrassé de son fardeau. Dans l’immédiat, il semble avoir été dans le déni, espérant encore rencontrer Churchill à Concarneau le 17 juin (en fait, Churchill, qui se trouvait à la gare de Waterloo, avait annulé ses projets de voyage en apprenant la démission de Reynaud).:138-142

Jules Jeanneney et Edouard Herriot, présidents respectivement du Sénat et de la Chambre des députés, pressent Lebrun de reconduire Reynaud dans ses fonctions de Premier ministre (les quatre hommes souhaitent poursuivre la guerre depuis l’Afrique du Nord). Lebrun estime qu’il n’a guère d’autre choix que de nommer Pétain, qui a déjà une équipe ministérielle prête, comme Premier ministre. Pétain devient le chef du nouveau gouvernement (le dernier de la IIIe République) et signe l’armistice le 22 juin206-207. De Gaulle est rentré à Bordeaux le 16 juin vers 22 heures. Il rend visite à Reynaud, qui espère toujours partir en Afrique du Nord et refuse de venir à Londres. Reynaud a encore le contrôle des fonds secrets du gouvernement jusqu’à la passation de pouvoir le lendemain, et met de l’argent à la disposition de de Gaulle. De Gaulle s’envole pour Londres avec Edward Spears à 9 heures du matin le 17 juin, et le lendemain, il fait sa célèbre déclaration annonçant qu’il continuera à se battre. Il a été suggéré que Reynaud avait ordonné à de Gaulle de se rendre à Londres, mais aucune preuve écrite n’a jamais été trouvée pour le confirmer :209

Reynaud acceptera plus tard provisoirement l’offre de Pétain pour le poste d’ambassadeur de France aux États-Unis. Lebrun refusa de confirmer cette nomination, apparemment parce qu’il admirait Reynaud et voulait le sauver de toute association avec le gouvernement de Pétain.:209, 238

Accident et arrestationEdit

Reynaud et de Portes quittent l’hôtel Splendid, à Bordeaux, et roulent vers le sud-est devant l’avancée des armées allemandes, avec l’intention de s’arrêter à la maison de vacances de Reynaud à Grès, dans l’Hérault, (d’autres sources affirment qu’ils se dirigeaient vers la maison de sa fille à Sainte-Maxime) avant de fuir en Afrique du Nord. Le 28 juin, avec Reynaud au volant, leur voiture Renault Juvaquatre quitte inexplicablement la route et heurte un platane à la Peyrade, près de Sète ; de Portes est pratiquement décapité tandis que Reynaud s’en sort avec des blessures relativement légères à la tête. Alors qu’il est hospitalisé à Montpellier, Reynaud aurait déclaré à Bill Bullitt, ambassadeur américain, « J’ai perdu mon pays, mon honneur et mon amour. »

Reynaud est arrêté à sa démobilisation sur ordre de Pétain et emprisonné au Fort du Portalet. Pétain décide de ne pas faire inculper Reynaud lors du procès de Riom en 1942, mais le remet aux Allemands, qui l’emmènent d’abord au camp de concentration de Sachsenhausen, puis au château d’Itter près de Wörgl, en Autriche, où il reste avec d’autres prisonniers français de premier plan jusqu’à sa libération par les troupes alliées le 7 mai 1945. Le major Josef Gangl, un officier de la Wehrmacht passé à la résistance autrichienne antinazie, a été tué par la balle d’un sniper alors qu’il tentait de mettre Reynaud hors d’état de nuire pendant la bataille du château d’Itter le 5 mai 1945.

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